“A bord, si on vient à manquer de quelque chose, il faut consommer avec modération. Mais ça ne résout rien, on ne fait que gagner du temps.”

Ellen MacArthur

En 2005, la navigatrice britannique bat le record du tour du monde en solitaire à la voile. A son retour de ces 71 jours de navigation où toutes les ressources sont comptées, elle réalise qu’à terre, et à l’échelle de la planète, c’est la même chose. Elle entreprend alors des recherches bibliographiques et rencontre de nombreux experts afin de comprendre les enjeux liés au développement durable. 5 ans plus tard, elle crée la fondation Ellen MacArthur pour promouvoir à l’échelle mondiale un nouveau modèle économique :

L’économie circulaire

Le concept n’est pas récent, il est apparu dans les années 1970 mais a acquis une réelle notoriété dans les années 1990. Son objectif est de décorréler l’économie mondiale de la consommation en ressources limitées. En effet, même en réduisant nos consommations en matières premières et en énergies fossiles, nous ne faisons que retarder les pénuries puisque nos ressources diminuent et que la population ne cesse d’augmenter.

L’économie circulaire telle que décrite par la fondation Ellen MacArthur est née du croisement de plusieurs écoles de pensée:

  • L’économie de fonctionnalité qui consiste à substituer la vente d’un bien par l’usage de ce bien, incitant le fabricant à concevoir un produit durable. Exemple : les Vélib’
  • Le concept « Du berceau au berceau » qui consiste à concevoir un produit de façon à maintenir la qualité des matières premières tout au long des différents cycles de vie du produit et ce, indéfiniment. Cela revient à supprimer la notion même de déchet.
  • Le biomimétisme, qui consiste à s’inspirer de la nature pour concevoir des objets et des systèmes. Exemple : la forme pointue du train grande vitesse japonais Shinkansen inspirée du bec du martin pêcheur a permis de réduire sa consommation en énergie de 15%.
  • L’écologie industrielle, qui consiste à représenter un système industriel comme un écosystème. L’objectif étant de chercher des synergies organisationnelles entre les acteurs économiques, et de minimiser l’exploitation des ressources et les impacts sur l’environnement. Exemple : dans l’écoparc de Kalunborg au Danemark, les déchets en gypse de la centrale électrique sont récupérés comme matières premières par un producteur de panneaux en plâtres (qu’il faisait auparavant extraire de carrières naturelles en Espagne).
  • L’économie bleue qui est un modèle économique récent. Il considère également les déchets comme dotés de valeurs, prône le biomimétisme et l’innovation. Mais surtout, il introduit la notion de ressource locale et de résilience, par opposition à l’économie verte (aliments bio mais transportés sur des grandes distances, produits cosmétiques éco-labellisés et agro-carburants nécessitant de l’huile de palme favorisant ainsi la déforestation).

Le schéma suivant résume le concept tel que promu par la fondation, on y distingue deux cycles: celui des « nutriments biologiques » (en vert), et celui des « nutriments technologiques » (en bleu). Les matières techniques doivent faire l’objet d’usage plutôt que de consommation, et sont ainsi récupérées et restaurées à l’infini. Les matières biologiques suivent le cycle naturel de régénération. On identifie également 6 mesures à adopter qui constituent la structure « ReSOLVE » : Regenerate (régénérer), Share (partager), Optimise (optimiser), Loop (boucle), Virtualise (virtualiser), et Exchange (échanger).

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Les missions de la fondation

L’objectif de la fondation est d’accélérer la transition vers l’économie circulaire, et ce par différents moyens :

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Enjeux et arguments

Le modèle économique actuel (linéaire) commence à atteindre ses limites. Plusieurs facteurs sont mis en avant par la fondation :

– Les pertes économiques liées au gaspillage des ressources : par exemple en Europe, seulement 5% de la valeur initiale des matières premières est revalorisée.

– Les risques de marché et d’approvisionnement : l’Union Européenne importe 6 fois plus de matières premières qu’elle n’en exporte, elle est donc fortement exposée à la volatilité des prix et aux risques de rupture d’approvisionnement.

– La dégradation des écosystèmes, engendrée par le réchauffement climatique, la pollution des sols et de l’eau, la disparition de la biodiversité.

L’évolution de la réglementation environnementale, avec de plus en plus de coûts liés aux externalités négatives.

Dans son rapport de 2015 «L’économie circulaire, pour une Europe compétitive», et sur la base d’études réalisées avec McKinsey et la fondation allemande pour l’économie environnementale et le développement durable « SUN », la fondation a comparé deux scénarios de développement économique pour l’Europe à horizon 2030 (linéaire versus circulaire). Il en ressort que l’Europe pourrait générer un bénéfice supérieur de 900 milliards d’euros en adoptant les principes de l’économie circulaire. Les opportunités seraient multiples : amélioration de la croissance économique, réduction des coûts de matière première, création d’emploi et innovations technologiques. Le rapport cite également des bénéfices pour l’environnement : une diminution de moitié des émissions de carbone, une réduction de consommation de 32% des ressources en matériaux ou encore une réduction du temps perdu dans les embouteillages de 16%. On trouve également dans ce rapport des exemples concrets de bénéfices potentiels pour les entreprises et les citoyens. La fondation fait également un focus sur le rôle moteur que les villes ont a jouer dans la transition puisque plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain.

Exemples d’actions de la fondation

La fondation a développé des « partenariats globaux » avec des grands groupes leader de l’économie tels que Danone, Google, H&M, Philips, Renault ou encore Unilever.

Grace à ces partenariats, les entreprises ont accès à des programmes de formation visant à améliorer leur connaissance des enjeux de l’économie circulaire et à faire évoluer leurs pratiques. La fondation leur apporte conseil et appui dans la mise en œuvre. Par exemple, H&M travaille avec la fondation afin de créer une boucle fermée pour les textiles. Danone quant à lui cherche des solutions pour une meilleure gestion de ses plastiques.

La New Plastics Economy Initiative est d’ailleurs un autre important projet en trois ans lancé par la fondation en 2016, dédié l’avenir des matériaux plastiques.

En 2013 et avec le soutien de ses partenaires, la fondation a mis en place une plateforme pour l’innovation et l’économie circulaire : « Circular Economy 100 » (CE100). Elle réunit des industriels, start up, pouvoirs publics, universités et permet la mise en réseau et le partage d’informations entre ces différents acteurs, en plus de leur proposer des ateliers de formations, de la documentation et des colloques.

Quels financements?

Ellen fut soutenue au lancement de sa fondation par certains de ses anciens sponsors comme B&Q, BT/Cisco et Renault mais aussi par National Grid. Très vite, elle convainc d’autres donateurs et développe des partenariats avec plusieurs entreprises.

En 2016, les financements de la fondation s’élèvent à 9,8 millions de livres sterling et proviennent de différentes sources :

  • les mécénats avec 3 partenaires philantropiques, SUN Deutsche Post Stiftung, MAVA Foundation et Schmidt Family Foundation.
  • les partenariats industriels avec Danone, Google, H&M, Renault, Unilever, Philips, Nike, Intesa SanPaolo.
  • 42 adhésions au programme CE100 (Circular Economy 100).
  • Une subvention du fond de recherche et d’innovation de la Commission Européenne FP7

La fondation Ellen MacArthur étant elle même une association caritative inscrite à la « Charity Commission for England and Wales », on peut ainsi trouver des rapports financiers à partir de 2011 sur le site du gouvernement du Royaume Uni (https://www.gov.uk/government/organisations/charity-commission).

On peut voir sur l’évolution des revenus et des dépenses depuis 2012 une nette augmentation de l’activité en 2016. La principale source de financements provient des mécénats qui sont ensuite réinjectés dans les différentes activités de la fondation (recherches, communication, éducation, projets).

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Comme le démontrent ces chiffres, la fondation a réussi son pari et Ellen est devenue en 7 ans l’ambassadrice de l’économie circulaire car elle su convaincre plusieurs acteurs influents de l’économie mondiale. Reste à espérer que beaucoup d’autres encore suivront le cap !

Coralie Alazet

Sources

https://www.ellenmacarthurfoundation.org

https://www.ellenmacarthurfoundation.org/assets/downloads/Executive_summary_FR_10-5-16.pdf

https://www.ellenmacarthurfoundation.org/assets/downloads/publications/EllenMacArthurFoundation_Growth-Within_July15.pdf https://www.youtube.com/watch?v=CdP3CK3IRMc

https://www.youtube.com/watch?v=FEgktaKFwsg

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ellen_MacArthur

https://www.courrierinternational.com/article/davos-ellen-macarthur-au-chevet-de-la-planete

http://archives.lesechos.fr/archives/2013/Enjeux/00298-038-ENJ.htm

https://developpementdurable.revues.org/10160

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/02/10/le-martin-pecheur-tgv_1641324_3244.html

https://www.kaizen-magazine.com/article/leconomie-bleue-pour-une-industrie-en-transition/

http://beta.charitycommission.gov.uk/charity-details?regid=1130306&subid=0

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