La nourriture bio est à la mode. Au milieu des nombreux scandales du marché alimentaire, nous faisons l’apologie des produits en lesquels on peut avoir confiance, et les produits bio sont de ces “happy few”. En effet, la consommation de produits bio a augmenté d’environ 15% chaque année depuis 15 ans. C’est donc à la fois un marché en expansion et de confiance. C’est presque une lapalissade de dire que lorsque vous achetez un produit labellisé “AB”, vous pensez acheter quelque chose de bon pour vous et pour l’environnement. “Bio” égale qualité. C’est comme un contrat : en tant que consommateur, vous êtes heureux de payer votre pomme deux fois son prix ordinaire, mais en retour vous savez (ou vous pensez savoir) que ce produit ne contiendra aucun OGM, pesticide, a été cultivé dans le respect de l’environnement. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Pourriez-vous définir ce qu’est l’agriculture biologique ?

Que signifie l’agriculture biologique ?

D’après Consoglobe, les agriculteurs bio doivent respecter divers principes comme la protection des sols et de l’eau, la préservation et l’amélioration de la biodiversité, un usage responsable de l’énergie et des ressources. Si nous étendons le raisonnement à partir de ces principes de base, alors l’éthique bio implique une éthique sur toute la chaîne de production : depuis les heures travaillées et le salaire des travailleurs (et travailleuses), jusqu’à la taille et les variétés de l’exploitation. Cela signifie également un circuit de distribution au plus court.

Ainsi, ce sont les principes à respecter. Mais comment mesurer cela techniquement ? Concrètement, d’après le règlement européen en date de 2007, relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques, ce qui est fondamental dans le cahier des charges des produits bio, c’est qu’il ne doit y avoir aucun ou très peu d’intrants chimiques de synthèse (ou pesticides).

Oui, c’est très peu au regard des grands principes énoncés au-dessus.

Par exemple, quand ce même règlement énonce que “toute souffrance, y compris la mutilation, est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage”. Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelle clarification avons-nous sur ce qui est acceptable, ou non, en matière de viande bio ? Cela est laissé à la seule discrétion du producteur.

Donc, si on résume, tandis que les produits bio en appellent à un imaginaire fantasmé par le consommateur (qualité, respect de la nature et des hommes, pas de pesticides, de grandes plaines vertes dans une ferme bucolique, etc), en fait cela regroupe une grande variété de situations.

L’agriculture bio est un business comme un autre

Tandis que la demande sur les produits bio augmente, l’offre peine à répondre. En France, nous importons une grande partie de notre agriculture bio (les tomates d’Espagne, le lait de chèvre des pays du Nord de l’Europe…) : qu’est-il arrivé au principe de circuit court ? Qu’en est-il de l’empreinte carbone de votre produit ? Dans le même temps, nous sommes toujours satisfaits lorsque nous avons accès à des tomates bio en février. Ainsi, cela signifie que vous pouvez respecter strictement le cahier des charges du label “AB” sans suivre les principes qui ont guidé sa mise en place.

Donc, certains aspects de l’agriculture biologique présentent une soutenabilité incertaine. Qui plus est, un reportage de France 5 de 2016, intitulé “la face cachée du bio low cost”, décrit à quel point l’agriculture biologique peut s’industrialiser, une fois actée la seule contrainte pour obtenir le label AB : de ne pas utiliser de pesticides. En effet, les spécifications techniques du label ne vous imposent pas de cultiver de saison, ou de mettre en place des conditions de travail décentes.

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Ce qui est le plus surprenant, outre le fait que ces enjeux sont rarement et superficiellement adressés, est qu’ils sont loin d’être neufs. En 2002 (oui ! Il y a 15 ans), l’Express titrait “Les arnaques du bio”. Même si les chiffres cités ont changé, il est très surprenant de constater que les problèmes alors identifiés sont les mêmes : l’importation de nombreux produits bio consommés en France, la difficulté de garantir que les produits labellisés AB correspondent à une éthique de la production, et la difficulté de traduire un label “bio” d’un pays à l’autre. Par exemple, comment s’assurer que des tomates bio produites en Espagne auraient été labellisées AB si elles avaient été produites en France ?

Je ne prétends pas que faire attention aux labels est stupide. Mon argument est que nous nous reposons trop sur notre perception première sans tenter de comprendre les mécanismes en jeu. Certains produits labellisés AB reflètent les principes de l’agriculture biologique, mais certains non. En ce sens, c’est d’abord la responsabilité de l’Union Européenne et des pays membres de préciser la règlementation, afin de permettre une uniformisation des cahiers des charges, mais aussi de s’assurer que les labels reflètent ce qui est attendu d’eux. Mais c’est également notre responsabilité, en tant que consommateurs (et pourquoi pas citoyens), de moduler nos attentes, en fonction des saisons et des possibilités qu’offrent la terre (les tomates en hiver : pas soutenable, de la viande tous les jours : pas soutenable); et surtout de s’informer, aussi difficile soit-il, afin d’acheter des produits qui respectent véritablement l’environnement et les principes que nous défendons.

Julie Ginesty

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