Créée en 1898, la réserve animalière du Kruger est la plus connue et la plus grande d’Afrique du Sud. Elle se situe dans les régions du Limpopo et du Mpumangala au nord-est du pays et s’étend sur 350 km de long et 60 km de large couvrant ainsi 20 000 km². Divisé en 6 écosystèmes, le parc offre une très grande variété de paysages et abrite une biodiversité exceptionnelle. Ainsi, on y recense plus de 2 000 espèces de plantes, 53 de poissons, 34 d’amphibiens, 118 de reptiles, 517 d’oiseaux et 147 de mammifères. Le parc reçoit chaque année plus de 1,6 million de personnes attirées par la présence abondante du Big Five (léopard, lion, buffle, éléphant et le rhinocéros noir) et par son impressionnante population de rhinocéros blancs. 80 % de la population mondiale de rhinocéros (18 000 rhinocéros blancs et 2 000 rhinocéros noirs) réside en Afrique du Sud et à lui seul le Kruger en accueille la moitié.

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Situation du Kruger National Park

Cette population de rhinocéros est au cœur de toutes les préoccupations des dirigeants du parc. Ces animaux vieux de plus de 50 millions d’années sont aujourd’hui massivement braconnés pour leurs cornes. Cette corne alimente principalement les marchés chinois et vietnamien où la médecine traditionnelle leur prête des vertus curatives variées (elle ferait baisser la fièvre, stopper les saignements de nez, arrêter la progression des cancers, doper la libido…). Même si toutes les études démontrent qu’elle n’a aucune propriété médicinale réelle, le marché est en pleine explosion et le nombre de rhinocéros tués dans le Kruger augmente de façon dramatique (de plus de 9 000 % depuis 2007). Globalement, cette frénésie a fait chuter la population mondiale de rhinocéros de 98% en 40 ans. Aujourd’hui, 1 kg de corne se négocie aux alentours de 60 000 US $ (chaque corne pèse entre 2 et 5 kg).

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Evolution du nombre de rhinocéros tués en Afrique du Sud

En 2015, pour la première fois depuis de longues années, le nombre de rhinocéros tués a diminué en Afrique du Sud et dans le Kruger. Si cette légère de baisse de 3,3 % est en apparence une bonne nouvelle, elle cache une réalité beaucoup plus sombre. Tout d’abord, cette baisse modérée se réalise à un niveau dramatiquement élevé qui n’est pas acceptable. Ensuite, si on considère l’ensemble de l’Afrique, l’année 2015 est la pire depuis le début du braconnage. Le braconnage s’est légèrement déplacé de l’Afrique du Sud vers des pays limitrophes. Le nombre de rhinocéros tués est passé de 24 à 80 en Namibie entre 2014 et 2015 et de 12 à plus de 50 au Zimbabwe. Globalement, la situation empire donc.

L’Union International de la Conservation de la Nature estime que le rhinocéros noir est « en danger critique », son risque d’extinction à l’état sauvage est extrêmement élevé. Le Rhinocéros blanc lui est classé à « quasiment menacé ». Il n’est donc pas encore en risque d’extinction, mais la situation pourrait évoluer très vite. La gestation du rhinocéros blanc dure 16 mois et il ne donne naissance qu’à un seul petit. Ils atteignent leur maturité sexuelle à 5 ans. Cette reproduction lente rend l’espèce très vulnérable. Il est donc probable que si le nombre d’animaux tués restent à un niveau aussi élevé, les naissances ne pourront plus compenser les morts et la voie de l’extinction sera alors ouverte. Des études récentes indiquent qu’avec une telle pression du braconnage, l’ensemble des rhinocéros à l’état sauvage aura disparu d’ici 10 ans.

Par Matthieu Gallet

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