Par Nathalie Launay (RSEDD 2017)

Faire de la transition numérique un accélérateur de la transition écologique : l’histoire s’écrit aujourd’hui.

Quel rôle pour les pouvoirs publics ?

A l’instar du monde de l’éducation qui a connu son fameux « Tsunami MOOC » venu des États-Unis en 2012 (1), c’est la promesse de mettre les nouvelles technologies au service de l’accès à la connaissance pour le plus grand nombre qui a bouleversé l’ordre établi. Si la gestation du phénomène MOOC a duré une dizaine d’année, on pourra s’interroger sur le potentiel d’accélération que porte la transition numérique, considérant la puissance des technologies actuelles quel que soit le terrain d’application.
Aujourd’hui, c’est de l’enjeu environnemental dont il est question.

 

Pourquoi s’intéresser au numérique ?

Comme le dit Teresa Ribera (Directrice de l’Iddri, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales) :

« … Ce n’est pas seulement parce que l’industrie du numérique a une empreinte écologique qu’il faut réduire. C’est aussi, surtout peut être, parce que le numérique transforme nos manières de nous déplacer, de consommer, de produire, d’apprendre, de participer au débat public, d’élaborer des politiques, notamment au niveau des villes. On ne peut penser la société de 2050, neutre en carbone notamment, plus juste, sans penser en même temps à comment nous vivrons et débattrons à cet horizon, “après” la transition numérique ».

Et c’est l’actualité des deux ministères de la TRANSITION écologique et numérique qui attire notre attention sur le potentiel de transformation du numérique au service de la transition écologique : en effet, le 19 mars a été remis aux deux secrétaires d’état un rapport comprenant 26 actions à mettre en œuvre par les pouvoirs publics …

 

…Pour accélérer la convergence entre numérique et environnement.

Ce Livre Blanc Numérique et Environnement 26 propositions pour lancer le débat (2) a été réalisé par un groupe de travail réunissant :

  • L’IDDRI: Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, fondation indépendante de recherche sur la transition vers le développement durable,
  • La FING: Fondation Internet Nouvelle Génération, association dont la mission est de produire et de partager des idées neuves et actionnables pour anticiper les transformations numériques,
  • Le WWF France: World Wide Fond for Nature, une des premières organisations indépendantes de protection de l’environnement dans le monde,
  • GreenIT: acteur historique de la convergence entre numérique et écologie, cette association anime un réseau d’entreprises utilisatrices et d’acteurs de l’éco conception responsable de services numériques,
  • Avec la contribution du CNNum : Conseil National du Numérique, chargé d’étudier les questions relatives au numérique, en particulier les enjeux et les perspectives de la transition numérique de la société, de l’économie, des organisations, de l’action publique et des territoires.

Les auteurs du Livre Blanc proposent des pistes d’actions répartis en 4 chantiers pour :

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Pour appuyer la pertinence du débat et la force de la réflexion, on retient le commentaire éclairé de Daniel Kaplan, Conseiller scientifique de la FING : « La FING s’est donnée pour mission d’explorer le potentiel transformateur des technologies et de faire en sorte que ce potentiel bénéficie à tous.”
En 2015, au terme d’un exercice de prospective, nous écrivions :

 

“La transition écologique sait raconter son but, mais peine à dessiner son chemin. La transition numérique, c’est le contraire. Chacune a besoin de l’autre !”

Avant d’en venir aux pistes d’action pour les pouvoirs publics, la lecture du rapport permet de souligner trois messages issus de la recherche ainsi que de l’expérience des praticiens qui œuvrent à la convergence des transitions écologique et numérique :

  • Mettre le numérique au service de la transition écologique, c’est utiliser son potentiel disruptif, sa capacité à bousculer les acteurs en place, à transformer les modèles dominants et pas seulement à en optimiser le fonctionnement.
  • Selon la manière dont les nouveaux produits et services portés par le numérique seront conçus et utilisés, orientés et régulés par les pouvoirs publics, nous faciliterons ou au contraire rendrons plus difficile la transition écologique.
  • Le numérique n’est pas intrinsèquement bon ou mauvais pour l’environnement : il est ce que nous en ferons. Mettre le numérique au service de la transition écologique est la responsabilité de tous les acteurs, privés et publics, issus du champ du numérique ou de celui de l’environnement.

Plus aborder concrètement les pistes d’actions, nous avons choisi de faire un focus sur le quatrième chantier :

 

Mobiliser le potentiel des données.

En première approche, ce sujet parait central tant il fait échos aux discours des défenseurs de l’écologie qui font confiance à la science en faisant appel à toutes les données déjà disponibles en particulier quand elle étudie la nature (3). On pense au développement des stratégie CRM (Customer Relationship Management) ou Gestion de la relation client des années 2000 qui a fait évoluer le marketing produit vers le marketing client en considérant la première étape stratégique de la connaissance client et du capital inestimables de données disponibles le plus souvent sous exploitées.
On peut également penser aux démarches stratégiques de gestion de l’eau et de préservation de la biodiversité qui ont été initiées grâce à la mesure sur la base des données disponibles : il faut mesurer pour améliorer ! (4).
Les données existent : encore faut-il y avoir accès et savoir les éclairer au profit d’enjeux vertueux et sans faire preuve d’intrusion.

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Ainsi, ce sont d’abord les pouvoirs publics qui montrent la voie de l’accès et du partage des données : en France notamment, la notion de données d’intérêt général (DIG) figure dans la loi République numérique depuis 2016(5). Les directives européennes sur l’information environnementale et l’information géographique invitent aussi à une ouverture encore plus grande des informations liées à l’environnement.

Pourtant, il est encore difficile pour de nombreux acteurs start-up, collectivités territoriales, associations ou chercheurs d’obtenir les données qui leur seraient nécessaires lorsqu’elles sont détenues par des acteurs privés et même parfois par des acteurs publics. L’enjeu peut être de développer de nouveaux produits et modèles économiques (cartographie pour les projets de véhicules autonomes) ou de garantir la transparence d’un secteur (données sur les titres miniers et sur les études d’impact environnemental)

 

Les pistes d’action proposées :

image016Améliorer l’analyse des impacts environnementaux par la création d’une base de données publique pour les acteurs du numérique afin d’évaluer le coût environnemental des serveurs et des ordinateurs, difficile à trouver.
image016Il est proposé d’étendre la notion de DIG aux thèmes clés de la transition écologique pour le public comme pour le privé : c’est le superviseur général des données mis en place au sein du ministère de l’Ecologie en 2016 (6) qui devra être proactif pour les données concernant la production et la consommation d’énergie, les données de la biodiversité, les données climatiques, les données de traitement des déchets etc. image016On souhaite renforcer la coopération entre les collectivités et les acteurs numériques détenant des données privées essentielles : pourquoi ne pas mettre en place des plateformes de partage de données agrégées ou des partenariats de transmission de données ? voir l’accord entre Versailles Grand Parc et l’application Waze. image016De nombreux scientifiques demandent de lever la contrainte juridique européenne de protection des données pour permettre l’accès et le traitement de masse de certaines informations à des fins de recherche. image016On suggère également de développer la culture du numérique et de la donnée plus particulièrement dans les institutions publiques en charge de l’environnement en organisant des formations …

S’il donne envie de poursuivre la lecture du rapport pour connaître les trois autres chantiers d’action, cet article aura atteint son but : lancer le débat et susciter des contre-propositions pour être acteur d’un nouvel agenda politique.

 

Sources :

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