compte rendu par Alexiane Zelinsky (IGE 2019)

 

Cette conférence a été organisée par des étudiantes de l’ISIGE (EnvIM et IGE). Le thème de la biodiversité a été choisi tout d’abord par son actualité (compte tenu des prochaines conférences internationales sur le sujet en 2020), mais aussi par l’intérêt porté au sujet par les étudiantes organisatrices suite à leur missions professionnelles..

L’objectif de cette table ronde était de regrouper un panel d’acteurs divers pour témoigner sur les enjeux de préservation de la biodiversité :

  • Didier Babin : Team leader du projet Post-2020 Biodiversity Support. EU support project (Expertise France). Travaux sur les thématiques de gouvernance internationale de la biodiversité.
  • Gilles Lecuir : Représentant de l’association Humanité et Biodiversité et chargé de mission à l’Agence Régionale pour la Biodiversité (ARB) d’Ile de France (IDF)
  • Philippe Jacob : Responsable de la Division de la biodiversité à l’Agence d’écologie urbaine de la Ville de Paris
  • Cécile Joucan : Responsable filières chez LVMH
  • Guillaume Neveux : CEO et cofondateur de I Care & Consult

 

Premier tour de table sur l’état des lieux de la biodiversité aujourd’hui :

 

Didier Babin :

En partant de l’image de la première slide de la conférence, on remarque qu’il manque une espèce : l’homme. A partir de là, on comprend que la biodiversité, ce ne sont pas uniquement les espèces emblématiques, mais aussi la relation entre les espèces, y compris l’Homme.
Une question essentielle est la suivante : Quels impacts a la perte de biodiversité sur nous ?
Si nous continuons sur la même trajectoire, le risque est de perdre les conditions de vie actuelles de l’espèce humaine.
Il faut donc changer de modèle de société. Ce sont des changements qui n’ont jamais été opérés par l’espèce humaine.
Tout d’abord, la biodiversité interagit avec les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU: lien avec la sécurité alimentaire, avec le climat, avec la réduction de la pauvreté. En effet les pays les plus impactés par la perte  de biodiversité, ce sont tout d’abord les pays les plus pauvres : ceux ci ont directement et immédiatement besoin de la nature pour survivre.

Philippe Jacob :

La biodiversité est un sujet important pour la Ville de Paris: la microfaune y est présente ; lorsqu’on travaille en ville pour protéger la biodiversité, on travaille sur la nature, la végétalisation, la microfaune. La Ville de Paris a défini depuis 15 ans une stratégie sur la biodiversité. C’est une notion importante qui est soutenue par les élus. Plusieurs plans se complètent : le plan Climat, le Plan Alimentation, le Plan Biodiversité notamment. Toutes ces problématiques interfèrent entre elles, avec l’humain au milieu. Ces enjeux se déclinent aux différentes échelles, de l’échelle internationale, nationale, mais aussi à l’échelle des villes.

Gilles Lecuir

Gilles Lecuir est bénévole dans l’association de plaidoyer national Humanité & Biodiversité.
Voici son constat : 1/5e des oiseaux communs d’IDF ont disparu en 13 ans. Ce rythme d’extinction s’apparente à un effondrement. Cela n’a pas à voir avec la théorie de l’effondrement, c’est un constat d’effondrement en termes d’écologie, de nombre d’espèces. Les raisons sont connues : disparition des terres agricoles, forestières, au profit de l’urbanisation et des infrastructures, et des pratiques d’agriculture intensive. Ces facteurs ont pour conséquence une réduction de la flore spontanée et du nombre  d’oiseaux.
Pourtant, le milieu urbain pourrait être un refuge pour les animaux. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas : 22% d’oiseaux ont disparu dans les milieux urbains, contre 90% d’augmentation de la diversité des espèces de plantes des interstices urbains.

Cécile Joucan :

Quels problèmes liés à l’érosion de la biodiversité pour un groupe comme LVMH?
LVMH est un groupe qui dépend entièrement de la biodiversité, via les matières agricoles (vignes pour les spiritueux, fibres pour les textiles, etc.)
Quand les écosystèmes s’effondrent ou sont en dégradation, le business model de LVMH est en péril, car le groupe ne peut plus proposer des produits de qualité.
LVMH est ancré dans la sphère économique, mais c’est la biosphère qui est à la base de tout.

Stockholm resilience center
Stockholm resilience center

 

Guillaume Neveux :

Il est intéressant de regarder les tendances. Un facteur d’espoir réside dans le caractère réversible du problème. Si on change les pratiques maintenant, la situation  peut changer rapidement.
On observe un changement de dynamique vis-à-vis de la biodiversité: il y a 10 ans, on en parlait déjà mais c’était un sujet secondaire confiné et pas opérationnel. Depuis un an, l’ensemble des entreprises se réveillent, et le sujet monte au niveau stratégique. LVMH est une entreprise pionnière sur le sujet ; les autres entreprises commencent à suivre. On change de dimension quand le sujet passe dans les mains des PDG, et que cela ne touche plus uniquement les écologues.
En 2020, la Biodiversité sera au cœur de plusieurs grands événements internationaux (le congrès mondial de la Nature de l’UICN, la COP 15 sur la Biodiversité à Kunming).

 

Les intervenants sont à présent invités à exposer leur analyse de l’état

de la biodiversité en quelques minutes chacun.

 

Didier Babin :

Il y a 10 ans au Japon, un plan stratégique pour la diversité biologique a été adopté avec les « objectifs d’Aichi » pour la biodiversité, qui formulaient des objectifs pour la décennie. Maintenant, c’est l’heure du bilan. Sur les 20 objectifs formulés, un seul a difficilement été atteint et les autres sont en régression. Les efforts nécessaires politiques et économiques pour réaliser ces objectifs n’ont pas été fournis.
Ces cycles d’engagement à l’échelle mondiale ont abouti sur un échec. Les perspectives ne sont pas très encourageantes. On n’arrive pas à changer les tendances et à remonter la pente.
Les questions sont les suivantes :
Comment s’attaquer aux drivers de la biodiversité ?
Par exemple, il faut faire plus le lien avec les ODD (adoptés en 2015). Parmi eux, les objectifs dits verts sont l’aboutissement des négociations d’Aichi.
Comment inverser la vision des choses ?
Ne plus faire un plan biodiversité, imposé aux autres. Par la prise en compte des écosystèmes, on peut faciliter ce développement durable (DD). Il faut réfléchir à comment utiliser la biodiversité comme moyen de mise en œuvre des ODD et pas l’inverse. Cela intéresse les pays les plus faibles, et il faut une cohérence entre les ODD et les objectifs de Kunming sur la Biodiversité.
Il y a de l’espoir. On peut inverser la manière de voir les choses, en prenant la biodiversité comme une source de solution et non plus comme un problème.
Depuis les années 1970 et le premier sommet de la terre en 1972 à Stockholm, on a essayé de lier les questions d’environnement et de biodiversité. La perspective 2020 est intéressante, mais il faut surtout se projeter à plus long terme, pour 2022, et 2030 (ODD).
Si à travers le plan d’action biodiversité qui est en train d’être bâti, on développe des outils pour envisager la suite des ODD jusqu’à 2030-50, on aura déjà fait un grand pas.
Ce qui est fondamental, c’est la campagne pour la mobilisation des jeunes. Il y a deux raisons à cela.

  • Premièrement, on voit le degré de compréhension des enjeux par la jeunesse, voire par les très jeunes. Il y a une interrogation mais aussi de plus en plus de colère, qui doit être entendue et qui sera bénéfique. On leur présente une situation dramatique, c’est normal qu’ils réagissent.
  • Deuxièmement, c’est une question éthique et humaniste : de quel droit les générations précédentes ont détruit la planète ? Il y a un vrai besoin de justice intergénérationnelle.

Philippe Jacob

A l’échelle territoriale (Paris), quelles sont les attentes des villes en 2020 en matière de biodiversité et quels engagements et initiatives ?
Via le Plan Biodiversité, on réfléchit à intégrer la stratégie de la Ville de Paris dans l’agenda des actions internationales.
A Paris, la nature est présente partout : micro-milieux, diversité d’animaux et de plantes, etc.
On trouve des espèces rares et protégées, mais aussi des espèces communes, voire « indésirables ». On trouve des nouvelles espèces d’abeilles également.
Il y a toute une série de plans environnementaux à Paris. On en est au troisième plan climat aujourd’hui. Il y a également la mise en place de la Stratégie de résilience et le Plan de santé environnementale…. Ces initiatives sont en synergie avec le schéma régional de cohérence écologique et infrastructures vertes.
Paris est dominé par de l’habitat ancien, dense avec son lot de pollutions et de nuisances. Malgré cela, on trouve de la biodiversité quand même.
Une concertation avec la diversité d’acteurs concernés (associations, urbanistes, etc.) a été menée pour mettre en place une stratégie globale.
Il faut noter que le 2ème Plan Biodiversité a été voté à l’unanimité par tous les partis politiques.
L’enjeu de biodiversité est inscrit dans les élections municipales 2020, mais, il est aussi un objectif pour 2024 (JO/date symbolique) et 2030 pour pouvoir engager dès à présent les financements. Tout ce qu’on fait aujourd’hui, sera engagé dans une dizaine d’années (livraison de bâtiments, structures, etc.)

Objectifs de la mandature :

  • 30 hectares d’espaces verts
  • 10 nouveaux jardins partagés par an
  • 100 hectares de toitures végétalisées
  • 30 hectares d’agriculture urbaine
  • 20 000 nouveaux arbres
  • Vergers, potagers, etc.

Beaucoup de ces objectifs ont été largement atteints. Au niveau politique le mot biodiversité n’apparait pas, on parle davantage de nature.
La ville doit être exemplaire au niveau de la biodiversité : par exemple, au niveau du Plan Local d’Urbanisme (PLU), des marchés publics (achats), des financements, du développement de nouveaux métiers, de l’action au niveau du bassin parisien dans un souci de coopération.
Au cœur de notre sujet, il y a la connaissance, la sensibilisation et la formation, l’accompagnement et l’implication.
L’enjeu est de développer la biodiversité dans toutes les sphères, dans les écoles, etc.
Le dernier axe de la présentation propose une boite à outil pour :

  • Construire la ville : trames vertes et bleues pour la continuité écologique, développement des espèces régionales, l’action contre les espèces invasives, l’importance du social
  • Gérer la ville : programme zéro-phyto, la place des arbres, etc.
  • Vivre la ville

Les trames vertes (milieu terrestre) et bleues (milieu aquatique) permettent plutôt que de protéger l’espèce, de protéger son milieu, ses conditions de vie, de reproduction et de déplacement. Cela permet de créer des corridors écologiques.
Grâce à ce dispositif, on a vu de nouvelles espèces revenir à Paris. Mais ça peut également être la source de développement d’espèces exotiques invasives. Il faut être vigilant.
Le jardin des Grands Moulins est un exemple de biodiversité à Paris. On y voit des oiseaux migrateurs s’y arrêter chaque année.

Gilles Lecuir :

Gilles Lecuir nous présente son point de vue de responsable bénévole associatif d’Humanité et biodiversité, « ensemble protégeons le vivant », dont le premier président fut Hubert Reeves (aujourd’hui président d’honneur). L’association ne défend pas la nature d’un côté et les humains de l’autre.
Se pose la question d’un développement durable ou soutenable ?
Il y a le schéma classique du DD avec les 3 cercles (économique, social, écologique) qui se croisent au milieu : la durabilité n’existe qu’à la croisée des trois sphères.
Gilles Lecuir lui préfère un schéma différent, dans lequel un cercle économique se trouve dans un cercle « sociétés humaines » plus grand, qui lui-même est imbriqué dans la biosphère qui englobe tout.
Son livre « Économie et biodiversité : produire et consommer dans les limites de la biosphère », qu’il a coécrit avec Laurent Hutinet et Marc Barra reprend des concepts essentiels présentés rapidement ici.
Nous ne sommes pas dans un monde infini. Cela pose la question de notre développement, de notre bien-être, des sociétés humaines au pluriel (pas que parisien, aussi d’autres pays avec des étapes de développement plus élémentaire). Ceci nécessite de revoir d’abord notre cercle économique, qui est aujourd’hui prégnant dans nos sociétés.
Depuis 10 ans, on est loin d’avoir un paysage aussi noir. Il y a des signaux très positifs.

  • Par exemple, dans le Grand Lyon, l’association travaille à utiliser l’arbre pour réduire la température de la ville pendant les épisodes de canicule. La ville est un milieu plus chaud que la campagne, car le rayonnement solaire est stocké par le bâti pendant la journée et rayonne la nuit. C’est un vrai problème de santé publique. Le projet a ainsi consisté à la plantation d’arbres sur l’espace public, selon une Charte de l’arbre qui existe depuis 10 ans, et en concertation avec 120 acteurs pour la plantation de 120 000 arbres. De 27% de couverture par les arbres, l’objectif est de 30%. 3% c’est beaucoup, car il va falloir trouver l’espace, et planter les arbres à la place du goudron.
  • Un autre exemple est, à Maubeuge, la lutte contre l’érosion des sols agricoles. Pour résoudre ce problème, on replante des haies, on laisse des bandes enherbées. C’est ce qu’on appelle des infrastructures agro-écologiques, dont le coût est bien moindre que le coût de réparation des dégâts de glissement de terrain par exemple. De plus, ces infrastructures agro-écologiques montrent rapidement de très bons résultats.
  • La lutte contre l’érosion du littoral avec la montée des eaux est aussi un enjeu. A Saint Paul de la Réunion, un plan a été mis en place pour renaturer la plage en gardant les espaces de loisir.

Cécile Joucan :

LVMH a créé une direction de l’environnement dès 1992, après le sommet de Rio.
Une courte vidéo montrée à la salle, présente la stratégie environnementale LIFE mise en œuvre en 2016 par LVMH avec 4 objectifs principaux pour 2020 :

  1. Produits : améliorer leur performance environnementale
  2. Supply chain : définir des standards environnementaux pour 70% des chaines de fournisseurs
  3. CO2 : réduire de 25% les émissions de gaz à effet de serre des Maisons par rapport à 2013
  4. Sites : améliorer de 10% la performance environnementale des sites (industries, magasins, bureaux), soit réduire la consommation d’eau et d’énergie de 10%…

La performance 2018 montre de bons résultats qui sont alignés sur les objectifs 2020.
Pour atteindre ces objectifs, cela se traduit par des actions concrètes comme repenser complètement certains produits (notamment les cosmétiques), qui peuvent devenir recyclables, rechargeables, éco-conçus, etc.
Exemple du champagne Veuve Clicquot, proposé avec un packaging biodégradable et recyclable, conçu à partir du moût du raisin.
Autre exemple, un produit est présenté en flacon de porcelaine, sans aucun packaging, et propose un programme de préservation de la biodiversité et d’accompagnement social des producteurs.
Le respect des objectifs d’Aichi a conduit à la définition d’une stratégie Biodiversité, avec une volonté de transparence vis-à-vis des matières premières (via la recherche de certification)
Un autre exemple est la création de réserve pour la sauvegarde de la Vigogne, espèce de camélidés d’Amérique du Sud dont la fourrure est utilisée pour tisser des étoffes de luxe (avec peignage du poil plutôt que de tuer l’animal pour sa fourrure).
LVMH est également certifié ISO 14001 depuis 2013.
Sur ses vignobles, LVMH se veut exemplaire dans ses pratiques (plus d’herbicides utilisés), et pour le raisin acheté, LVMH mène une sensibilisation auprès des viticulteurs  fournisseurs, pour la préservation de l’environnement et l’amélioration des pratiques.

Guillaume Neveux :

Son  témoignage porte sur les indicateurs et sur les  démarches des entreprises en matière de préservation de la biodiversité.
Concernant son parcours : il a étudié à MINES-ParisTech, a travaillé chez Total, BCG, VINCI, et a cofondé le cabinet I Care & Consult.
Chez I Care & Consult, les 4 spécialités sont les suivantes : climat, nature, économie circulaire, problématiques sociales.
Aujourd’hui il y a un problème de formation sur le sujet de la biodiversité. On a des experts écologues, mais il manque la culture générale sur la biodiversité, comment transformer l’expertise pointue en compétences concrètes. Ces compétences sont aujourd’hui très demandées.
ACT4Nature est une démarche volontaire lancée en 2018 par des entreprises de EpE (association Entreprises pour l’Environnement),  qui a servi de cadre pour cette prise de conscience au niveau stratégique des entreprises. ACT4Nature a permis aux entreprises (au niveau des CEO) de prendre des engagements sur la biodiversité.
La biodiversité est un objectif pour les ODD, mais c’est aussi un objectif en soi et le sujet est en train de monter maintenant dans les entreprises, on le voit quand on travaille dans les cabinets de conseil.
Pour agir, les entreprises doivent définir une stratégie et il faut un suivi et des indicateurs pour ce suivi, aussi bien pour les territoires.
L’enjeu est de définir des outils pour la Biodiversité comme ce qui est fait pour le climat.
Il y a aujourd’hui une réelle effervescence au niveau de la création d’indicateurs de biodiversité pour mesurer effectivement les impacts à plusieurs niveaux : approvisionnement, portefeuille, produits et services, projet/site, comme ce qui a été fait pour le Carbone et le climat. Le problème est qu’on veut aller plus vite alors que le sujet Biodiversité est plus complexe.
Il y a des discussions régulières sur les indicateurs, avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et l’Agence Française sur la Biodiversité.
I Care & Consult développe un indicateur spécifique : le Product Biodiversity Footprint (PBF).

 

Débats et échanges :

 

Les actions de LVMH sont-elles suffisantes ?
LVMH participe au projet de toitures végétalisées et jardins potagers sur ses bâtiments dans Paris. Il faut savoir que le coton consomme les trois quarts des pesticides mondiaux. LVMH s’engage sur l’utilisation de coton biologique ou issu de la « better coton initiative » avec un programme social pour sortir les fermiers de la pauvreté et réduire les produits chimiques de 20 à 30%.
Quelle stratégie pour une transition vers le bâtiment durable ? Comment prendre en compte les exigences de biodiversité dans le bâtiment ? Quels indicateurs pour le bâtiment durable ? Les toitures végétalisées, est-ce vraiment utile ou juste une image marketing ?
Un grand driver de la perte de biodiversité est l’artificialisation des sols. Si dans le bâtiment, on réfléchit à laisser des espaces verts avec des trames vertes et bleues, on pourra diminuer l’empreinte négative sur la biodiversité. Il faut aussi prendre en compte les matériaux utilisés qui auront différents impacts en amont, ainsi que l’ensemble des consommations du bâtiment (eau, énergie). Ceux-ci constituent les impacts indirects du bâtiment sur la biodiversité.
Notre architecture aujourd’hui est très lisse, en métal et en verre, sans anfractuosité comme nichoir pour les oiseaux et insectes. Il ne faut pas que le bâtiment soit uniquement esthétique et cosmétique. Il faut qu’il prenne en compte le vivant. Pour cela, il faut se rapprocher d’écologues et de spécialistes pour développer des solutions adaptées (exemple des toitures végétalisées : on a des retours d’expériences maintenant et on connait les bonnes pratiques).
Dans le parc national des forêts, la partie en libre évolution est très faible. Les forêts privées ont des objectifs de naturalité. Des questions se posent pour les propriétaires sur la façon de produire économiquement de la naturalité. Il faut des arbres qui ne seront pas coupés, etc. On peut aussi proposer du crowdfunding pour montrer aux gens le potentiel de biodiversité, faire de la pédagogie.
Comment valoriser économiquement la biodiversité et financer le changement de pratique qui impacte le revenu ?
Comment le grand public peut participer à cette question ?
L’intérêt se trouve dans la temporalité, avec une forêt plus naturelle on gagne en résilience sur le long terme.
Cécile Joucan prend son propre exemple de propriétaire foncier. La forêt permet la séquestration du carbone et la préservation de la biodiversité. Sans y toucher la forêt gagne de la valeur économiquement. De plus en plus, la BNP et d’autres investisseurs sont intéressés par des compensations sur des projets comme des forêts naturelles.
Il faut arrêter de financer les projets qui ont un impact négatif sur le vivant et rendre concurrentiels ceux qui sont durables.
Il ne faut pas regarder la biodiversité toute seule.Il faut prendre en compte l’ensemble des dimensions : eau, biodiversité, carbone. Un des éléments qui dégradent le plus la biodiversité, c’est la conversion des terres.
Un dispositif de compensation carbone des déplacements utilisés dans l’association H&B est le financement de l’achat de forêts ou de prairies naturelles qui vont être gérées de manière à devenir de vieilles forêts qui séquestrent le carbone. Ceci permet un financement direct de la protection de la nature.
Les entreprises ont-elles à cœur d’améliorer la performance environnementale et de prendre en compte le capital naturel ?
Le groupe LVMH s’est engagé à réduire chaque année ses émissions. L’objectif est de faire plus de business, en réduisant en permanence les émissions et l’impact négatif.
LVMH finance également des thèses sur le capital naturel, avec l’association Orée. Le groupe anime une chaire de comptabilité écologique avec un projet pilote mis en place chez LVMH : un bilan de consommation du capital naturel annuel pour rendre à la nature ce qu’on lui prend. Les études se font sur la base de la durabilité forte, sans substitution du capital naturel par du capital financier ou humain.
Quelle importance y a-t-il à mesurer l’intensité de chaque produit, car si on vend plus de produit, même si on réduit l’impact de chaque produit, on augmente quand même l’impact.
Il faut considérer qu’une entreprise fait assez d’effort si elle baisse l’intensité environnementale de chaque produit ainsi que le volume absolu des impacts. Il faut demander suffisamment d’effort à la hauteur de l’enjeu.
L’échelle internationale est à considérer. Si on regarde chaque entreprise et son secteur d’activité, il faut aussi prendre en compte les importations et les exportations. C’est bien de réduire les impacts dans son propre pays, mais c’est facile si on importe tout d’un pays qui dégrade l’environnement et qu’on ne prend pas ces répercussions en compte. On externalise ainsi notre impact écologique. Il est important d’intégrer ces enjeux dans la comptabilité nationale et celle des entreprises. C’est donc aussi une question d’échanges commerciaux. Sujet qui prend beaucoup d’importance lorsque l’on sait que la prochaine COP sera en Chine.
Un indicateur de la prise de conscience des enjeux de biodiversité s’observe dans le rapport annuel sur l’évaluation des risques du sommet de Davos (World Eco Forum). Il contient un graphique avec l’augmentation des risques liés aux problèmes globaux (crash informatique, perte de donnés, terrorisme, etc.). En couleur verte, les questions liées au climat (perte d’eau, biodiversité, catastrophes naturelles, etc.). On remarque que tous les points verts augmentent et se retrouvent en haut du graphique. Il y a une prise de conscience du secteur économique sur ces enjeux-là, bien au-dessus du terrorisme.
La question est donc la suivante : Pourquoi l’investissement ne suit-il pas ?

 

Conclusion

 

Pour agir sur la biodiversité, tous les acteurs sont importants (experts, villes, entreprises, etc.). Chacun peut faire quelque chose.
Il y a un vrai espoir avec la nouvelle génération. LVMH lance un appel à porter le sujet de la biodiversité en interne pour les jeunes professionnels. Il faut profiter de 2020 pour faire bouger les choses grâce notamment  aux jeunes, aux ONG. Il semble  que les choses bougent beaucoup plus qu’en 2010 et on peut espérer de vraies décisions à Kunming.
Il n’est jamais trop tôt pour avoir une bonne idée, les intervenants appellent les jeunes de la salle à développer des produits, des services qui font écho à la frugalité et l’économie de moyens et qui ne produisent pas de dégâts ailleurs. Si on a de bonnes idées maintenant, elles payeront très vite.

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