article de Jean-Baptiste Jarin (RSEDD 2019)

 

L’objectif de la conférence est de passer aux étapes suivantes du processus ONU Changements climatiques, qui sont cruciales. L’un des objectifs clés définis après l’adoption des directives de mise en œuvre de l’Accord de Paris, conclu l’an dernier lors de la COP24 en Pologne, est d’accomplir plusieurs tâches pour la réalisation intégrale de l’accord de Paris sur le changement climatique et ainsi limiter à +2°C la hausse de la température moyenne sur le globe.

 

Au rythme actuel de nos émissions, notre trajectoire est celle d’une température moyenne sur terre de +4 à +5°C « courbes baseline », loin de l’engagement de limiter la hausse des températures à +2°C pris lors des accords de Paris à l’issue de la COP21 en 2015 « courbes consistent ». Infographie : Carbon Action Tracker
Au rythme actuel de nos émissions, notre trajectoire est celle d’une température moyenne sur terre de +4 à +5°C « courbes baseline », loin de l’engagement de limiter la hausse des températures à +2°C pris lors des accords de Paris à l’issue de la COP21 en 2015 « courbes consistent ». Infographie : Carbon Action Tracker

 

Cri d’alarme car avec une teneur en CO² dans l’atmosphère à 407 ppm fin 2019, soit +147% de plus que le niveau préindustriel de 1750, nous nous rapprochons d’un doublement de la concentration en CO² dans l’atmosphère et nous éloignons donc de l’objectif des 2°C.

Rappelons en effet qu’il y a déjà plus d’un siècle, Svante Arhenius (Suédois comme Greta diront certains détracteurs, mais quand même prix Nobel de Chimie en 1903), avait déjà donné un ordre de grandeur pour un doublement du CO² dans l’atmosphère : +4°C.

La physique est définitivement têtue car c’est exactement la trajectoire dans laquelle nous nous trouvons…

2019 établit malheureusement un nouveau record dans les émissions de gaz à effet de serre que connait notre belle planète. Et, comme le souligne le rapport de l’ONU, il n’y a aucun signe de ralentissement, que ce soit sur le CO², le Méthane ou le Protoxyde d’Azote qui sont les principaux gaz à effet de serre.

 

Des émissions qui progressent alors qu’elles devraient baisser !

Il est évident que nos politiques et nos entreprises ont un rôle majeur à jouer. Cela va des incitations financières (ou punitions diront certains) au fléchage des investissements en passant par l’éducation de nos enfants entre autres

Mais c’est aussi à nous, citoyens, de nous intéresser et de vouloir comprendre ce que cela signifie.

Car si les politiques et les entreprises doivent prendre le problème à bras le corps (en ce qui concerne les actions possibles à l’échelle de l’Europe, voir les 9 propositions du Shift Project pour Décarboner l’Europe à la fin de cet article), cela vaut également pour le consommateur, et nous le sommes tous, et généralement au prorata de notre pouvoir d’achat.

 

Faire sa part ?

Si tout le monde ou presque est d’accord pour sauver le monde, il est plus difficile de savoir sur quoi agir au quotidien, et pour ceux qui disposent d’un pouvoir d’achat important, de savoir quels sont les efforts (et parfois les sacrifices), à consentir. Lorsque nous parlons de lutter contre le réchauffement climatique, être croyant réclame du travail pour s’éduquer, être croyant réclame parfois de l’abnégation pour être en mesure d’agir.

Le petit graphique ci-dessous (merci Carbone 4), détaille les émissions moyennes annuelles d’un Français, qui représentaient environ 10,5 tonnes d’équivalent CO² par personne par an en 2010 (et sont à peu près stables depuis).

 

 

Pour tenir la trajectoire « + 2°C », qui reflète notre engagement pris lors de la COP21, nous devons descendre à 2 tonnes équivalent CO² par personne par an avant 2050 (et le plus tôt sera le mieux), ce que nous atteignons déjà aujourd’hui rien qu’avec notre logement (construction et consommation, identifiés par le carré rouge).

  • En supposant que les services publics (écoles, hôpitaux, centres des impôts, …) soient volontaristes et divisent par 5 leurs émissions (nota : cela requiert des investissements de plusieurs centaines de milliards, mais avec une création d’emploi local) nous pouvons envisager de passer de 1800 kg à environ 400 kg.
  • En investissant dans l’isolation des logements, en chauffant mieux (et parfois moins), et en forçant le secteur de la construction à tendre vers 0 (construction bois par exemple), nous pourrions là aussi diviser par 5 et arriver à 400 kg.

 

Et moi, et moi, et moi (dans tout ça) ?

Maintenant que nous avons préservé les minima de notre vie en société, il nous reste un quota de 1200 kg/an pour répondre à nos besoins en alimentation, en biens de consommation et en mobilité (dans l’ordre de la pyramide de Maslow).

Cela revient à diviser là encore par un peu plus de 5 ces trois postes pour lesquels nous sommes seuls face à notre conscience.

  • En acceptant de limiter (très) massivement notre consommation de viande, en consommant bio et local, en réduisant le gaspillage et en optimisant notre utilisation des sols et des intrants, nous pourrions arriver à 500 kg environ (nota : fin du steak-frite quotidien, un symbole des acquis sociaux des trente glorieuses).
  • Pour les biens de consommations, le plus évident est le low tech (cela fait moins de 20 ans que l’électronique est véritablement «grand public »), le recyclage, l’économie circulaire, mais aussi moins de chaussures dans les placards. Soyons là aussi ambitieux et divisons par 5 même si cela signifie la fin de la 5G et du streaming (il est important que la génération « Greta », très friande de numérique, en soit consciente).

Il nous reste donc environ 200 kg équivalent CO²/an pour la mobilité :

  • Je ne m’attarde pas sur les déplacements longues distances, qui devront tendre vers…0. Compliqué en effet de tenir son « quota équivalent carbone » de 2 Tonnes alors qu’un A/R Paris – New York représente… 2 Tonnes de CO². Cela serait d’ailleurs un signal fort d’équité et d’exemplarité que d’appliquer d’abord la taxe carbone au transport aérien, d’autant que ce secteur est déjà largement exempté de taxes, notamment sur le kérosène, alors que l’avion reste réservé à une élite (rappelons que par exemple France, pays développé, la moitié des vols sont le fait de seulement 2% de la population).
  • La voiture représente aujourd’hui 1500 kg d’équivalant CO²/an par Français. Il est donc certain que l’automobile ne passera pas entre les gouttes et que nous devons là aussi changer de modèle. Nous avons quelques outils pour atténuer les impacts de cette dernière : plus de transports collectifs et de vélos pour les villes, des véhicules plus vertueux accompagnés d’un kilométrage annuel en baisse et / ou d’un covoiturage en hausse pour les campagnes, le train qui redevient la norme pour les longs trajets (en s’assurant qu’il roule à l’électricité décarbonée). Cela induit d’ailleurs la fin de l’étalement urbain et la fin du sacrifice des campagnes : vive les villes moyennes, denses et équipées en services publics.

Les défis qui s’annoncent sont colossaux, et parfois anxiogènes, mais c’est ce qui peut mobiliser notre société, en commençant par sa jeunesse. Jeunesse qui doit pouvoir compter sur les formations et l’enseignement : apprendre afin d’agir, accompagner, transformer.

Cela réclame un investissement conséquent, des choix de vie pas toujours évidents, mais surtout un devoir d’exemplarité important (autant être crédible sur le sujet, ne serait-ce que pour nos enfants). Le devoir d’exemplarité devrait d’ailleurs être proportionnel à notre niveau de vie et notre niveau d’éducation : cela pourrait faciliter quelques réformes difficiles tant le sens que l’on donne à l’action mais aussi le sentiment d’équité au sein de la nation sont clefs pour réussir toute transformation.

A nous de choisir : sobriété choisie, et pourquoi pas sobriété heureuse même pour paraphraser Pierre Rabhi, ou un abandon de toute ambition sur le climat. Ce dernier choix pourrait tenir encore quelques années (et une fois de plus les plus aisés sont ceux qui en souffriront le moins), mais certainement pas quelques décennies quoiqu’en disent Donald Trump et Claude Allègre.

Tenir la trajectoire dans la décennie à venir signifie des émissions mondiales de gaz à effet de serre qui devront baisser de 7,6% par an: A nous, électeurs mais surtout « consom’Acteurs » d’inverser la tendance.

Nous sommes de plus en plus sensibilisés, nous sommes de plus en plus éduqués, et nous disposons de tout un arsenal pour y parvenir : ONG, associations, militants…

A nous de jouer !

 

 

 

Sources :

Le Point : Record de concentration de gaz à effet de serre en 2018, selon l’ONU (Novembre 2019)

La Croix : Climat : les « petits pas » ne suffiront pas, prévient l’ONU (26 Novembre 2019)

Carbone 4 : Faire sa part (Juin 2019)

Shift Project : Décarbonons, 9 propositions pour décarboner l’Europe (2017)

Sciences & Avenir : le numérique, un colossal gouffre énergétique (Décembre 2018)

B&L évolution : comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1.5°C (Décembre 2018)

Jean-Marc Jancovici : Cours Mines ParisTech (Mai 2019)

Association négaWatt : dossier de synthèse (Juillet 2013)

Pierre Rabhi : Vers la sobriété heureuse (2013)

Climate Action Tracker : infographie (climateactiontracker.org)

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