Face à la montée des eaux et aux dégâts causés par l’érosion, certains littoraux sont en danger. Or les zones côtières sont pour la plupart du temps des zones densément peuplées. L’avenir compromis de ces villes de bord de mer nécessite des investissements importants pour concevoir des solutions à la hauteur. Zoom sur un pays pour lequel la maîtrise de l’eau est un enjeu historique.

Quelques soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre, et même si le réchauffement climatique est limité à 2°C par rapport à 1850 (objectif fixé à la conférence des nations de 2015 sur le climat (COP21)), le niveau de la mer continuera de s’élever. En cause, d’une part l’inertie thermique du réchauffement des océans, jouant le rôle de puit de carbone et d’autre part la longue durée de vie des gaz à effet de serres déjà présents dans l’atmosphère. Grâce aux marégraphes, on estime que la mer est montée en moyenne globalement de 3 mm par an au cours des 25 dernières années. Cette hausse n’est pas uniforme sur le globe terrestre : le pacifique tropical ouest est particulièrement touché. On estime que les territoires qui seraient submergés par une hausse de 2°C sont peuplés aujourd’hui de 280 millions de personnes d’après une étude de l’ONG Climate Centrale.

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Modélisation de la montée des eaux à Amsterdam, capitale des Pays-Bas pour une trajectoire de réchauffement climatique à 4°C (à gauche sur l’image) et à 2°C (à droite sur l’image).
La carte interactive pour explorer les effets du réchauffement climatique est disponible ici: https://choices.climatecentral.org/#12/52.3701/4.8951?compare=temperatures&carbon-end-yr=2100&scenario-a=warming-4&scenario-b=warming-2

Comme on peut le voir sur la carte interactive ci-dessus, pour un réchauffement climatique de 2°C, la ville d’Amsterdam serait déjà très largement submergée. Focus sur un pays pour lequel la maitrise de l’eau a toujours été un enjeu majeur : les Pays-Bas. Littéralement son nom fait référence à sa basse altitude, et implicitement il évoque des années de développement de techniques ingénieuses pour faire de l’eau son allier …

Une technique ancestrale : la poldérisation

Les polders sont de vastes étendues de terre gagnées artificiellement sur la mer, les marais littoraux ou les lacs. Ces dernières sont obtenues par endiguement et assèchement. Pour ce faire, dans un premier temps, une digue est construite pour délimiter la zone à drainer. Puis dans un second temps, l’eau emprisonnée dans le périmètre est captée par un système de pompes actionnées autrefois par des moulins à vent et aujourd’hui par des pompes électriques. Même après l’assèchement du polder, les pompes continuent à éliminer l’eau qui s’infiltrerait en excès dans ce dernier. On trouve de nombreuses zones de la sorte sur les côtes néerlandaises.

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Polder hollandais – Photo by Frans & all on Visualhunt.com / CC BY-NC

Une tendance à la dépoldérisation : une réponse au changement climatique

Des catastrophes meurtrières liées aux inondations, les néerlandais en ont déjà connu, celle de 1953 est restée gravée dans les mémoires. Le tournant dans la manière d’aborder les politiques de gestion de l’eau qui suivra cet évènement est particulièrement intéressant. Petit à petit, il sera moins question de mener une bataille sans merci à coup de digues de plus en plus hautes et robustes (ce qui favorisent en même temps l’enfoncement des terrains), mais plutôt d’envisager de redonner « De l’espace pour les rivières ». Cette politique datant des années 2000 vise à prévoir des zones inondables et à permettre au lit des rivières de s’élargir. Ces objectifs passent par des mesures de dépoldérisation. C’est ainsi que certains polders qui sont généralement des terres agricoles sont redevenues des zones marécageuses. Une aubaine pour la préservation des écosystèmes et un moyen efficace de protéger les citadins des villes avals. C’est le cas par exemple du Parc National De Biesbosch et du Pays inondé de Saeftingue.

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Parc national De Biesbosch – Photo by Martha de Jong-Lantink on Visual Hunt / CC BY-NC-ND

Les moteurs de sable ou Zandmotor

Le principe du moteur de sable ou Zandmotor est simple. Il s’agit d’un banc de sable artificiel construit le long d’un littoral sableux, en forme de péninsule et d’une superficie de 1 km² environ. Ce sable sera ensuite déplacé au fil des années par l’action des vagues, du vent et des courants le long de la côte. Il s’agit d’une véritable co-construction avec la nature. Le premier a été installé en 2011 au sud de La Haye. Les moteurs de sable permettent d’éviter les opérations de dragage trop fréquentes. Le dragage est une opération qui consiste à extraire les sédiments des fonds marins (ou bien le fond d’un lac ou d’un fleuve). Les moteurs de sable sont des lieux privilégier de protection des écosystèmes et constituent des zones de loisirs appréciées pour les sports de plein air.

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Moteur de sable situé au sud de La Haye – Photo by Joop van Houdt, Rijkswaterstaat La construction de villes flottantes

La créativité en matière d’urbanisme est vivement sollicitée au Pays-Bas. En cela, de nombreuses villes néerlandaises comme Rotterdam sont de véritable terrain d’expérimentation pour les architectes et urbanistes souhaitant s’allier à l’eau pour imaginer les villes flottantes de demain. Le cabinet d’architecture et recherche en urbanisme waterstudio parle en anglais d’ « aquatecture ». Un exemple concret de leur réalisation : la construction d’un quartier flottant en 2008 dans le quartier de Terwijde à Utrecht où dix-neuf maisons semi-flottantes y ont vu le jour ou encore la construction de la villa IJburg2 à Amsterdam.

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La watervilla IJburg 2 à Amsterdam – DR waterstudio.nl

Les néerlandais ont développé un savoir-faire reconnu internationalement en matière de maitrise de l’eau : digues, barrages, polder, écluse mais aussi reconstruction de zones humides ou moteur de sable. Le territoire néerlandais constitue un véritable laboratoire d’expérimentations de solutions qui permettent d’habiter dans des zones deltaïques. Cette expertise devrait intéresser de plus en plus les mégalopoles sur la scène internationale.

Manon Roulleau


Bibliographie :

Planète d’eau – Pays-Bas : le pacte avec l’eau, Emission Arte

L’Atlas de l’eau et des océans, Hors-série 2017 Le Monde – La Vie

Waterstudio, cabinet néerlandais spécialisé dans l’architecture urbaine sur et proche de l’eau – waterstudio.nl, site consulté le 18/12/2017

Carte interactive modélisant la montée des eaux de l’ONG Climate Centrale, https://choices.climatecentral.org/#12/52.3699/4.8953?compare=temperatures&carbon-end-yr=2100&scenario-a=warming-4&scenario-b=warming-2, site consulté le 18/12/2017

Aménagement : Le moteur de sable Hollandais (Zand Motor), Géodunes – Bureau d’études Environnements Littoraux http://www.geodunes.fr/amenagement-le-moteur-de-sable-hollandais-zand-motor/, site consulté le 18/12/2017

Une nouvelle gestion de l’eau aux Pays-Bas, http://www.deltawerken.com/Une-nouvelle-gestion-de-l%E2%80%99eau-aux-Pays-Bas/1539.html, site consulté le 18/12/2017

De l’équipement à la gestion du littoral, ou comment vivre avec les aléas météo-marins aux Pays-Bas ? , http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/risques-et-societes/articles-scientifiques/littoral-pays-bas, , site consulté le 18/12/2017

Pays-Bas. Quel avenir pour les polders ? ttp://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/d000533-pays-bas.-quel-avenir-pour-les-polders-par-servane-gueben-veniere-lydie/article, site consulté le 18/12/2017

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